Caroline Chaverot, une étoile au zénith !

By TraileurZ The Mag
In ACTUALITÉS
Sep 5th, 2016
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Caroline Chaverot, une étoile au zénith !

TraileurZ The Mag a eu la chance de rencontrer  Caroline CHAVEROT pour une interview exclusive. La championne nous a accordé une conversation très intimiste le lendemain de son exploit sur l’UTMB. Focus avec Céline Demmerle, notre rédactrice…

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« La victoire est d’autant plus belle car je me suis battue contre moi-même… » Caroline Chaverot.

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TraileurZ The Mag: Bonjour Caroline et tout d’abord un grand merci de prendre du temps pour parler avec nous en ce lendemain d’UTMB ! 1ère question c’est : comment vas-tu ? Car on a lu un peu partout que tu avais fini la course en difficulté physique et hôpital ?

Caroline Chaverot : Ça va mieux ! En fait j’ai fait 2 gros malaises après la course, déjà suite aux prises de sang pour le contrôle anti-dopage et là, les pulsations ont chuté. Et puis il y a eu la chaleur qui a joué mais là ça va beaucoup mieux et je retravaille même depuis hier donc tout est ok ! Mais j’ai les jambes quand même bien démolies. Cependant à J+2 ça va un peu mieux avec arnica et compagnie… mais dimanche c’était l’horreur : si je m’asseyais j’étais incapable de me relever. Les quadriceps aujourd’hui, c’est une bouillie je pense, mais dans quelques jours ça ira mieux. Là immédiatement je ne peux encore pas m’accroupir mais ça viendra ! Je vais rester tranquille pendant 2 semaines car c’est une fatigue générale et il faut récupérer un peu là.  

TTM : Une image qui te viens de suite si je te dis UTMB ?

CC : En fait ce sont quelques images mais s’il y a une image, c’est celle des Balcons du côté  Italien et la montée du col Ferret… c’était splendide ! En plus je l’ai fait au lever du soleil avec les couleurs roses c’était fabuleux ! Mais celle qui revient c’est aussi la dernière montée : j’étais super fatiguée et j’étais au bout de moi-même. C’est une montée que je connais, de 700mètres, que je fais à l’entraînement, donc pas si long… mais là 700m c’était super dur et je n’étais pas en état de l’apprécier ! 

TTM : Le plus dur dans cet UTMB ?

CC : Les douleurs musculaires extrêmes dès le grand col Ferret. La descente sur la Fouly je suis descendue mais beaucoup moins vite pour pouvoir gérer ces douleurs. Je ne pouvais plus, j’avais vraiment mal. Et puis j’ai appris qu’Andrea avait repris 8 minutes, du coup j’ai forcé depuis Champex. Mais je n’ai pas réussi à surpasser les douleurs. Dans les deux dernières descentes j’ai trouvé la force mentale et j’ai alors accepté la douleur pour descendre. J’ai aussi oublié la peur car quand tu as mal du coup tu es sur la retenue pour descendre. À ce moment, je me suis dit « c’est le moment de prendre le risque » ! J’ai risqué le tout pour être 1ère ! Et là tu te dis que les ressources mentales sont incroyables ! Le corps humain est bien fait car dès les 1ères descentes j’avais mal au ventre et l’alimentation était très compliquée. Je mangeais très peu depuis la Fouly et ne comptais que sur la boisson énergétique. Du coup le corps a puisé dans les graisses. J’avais dans chaque montée des nausées et jusqu’à aujourd’hui c’était encore compliqué. C’est le premier jour où je mange vraiment (Mardi), j’ai faim mais c’est encore compliqué… tout ne passe pas ! C’est vrai que j’ai eu des gros problèmes sur l’alimentation dans la course. On avait calculé avec le coach que 2% de graisse ça suffit donc c’était possible pour moi, je le savais. En plus de ça, je mange sans gluten ni lactose et sur les ravitos rien ne me faisait envie. Même les bananes que j’aime bien ne passaient pas trop. Je mangeais un morceau de galette et encore. Et puis à un moment je ne buvais que de l’eau et je n’avais plus de boisson énergétique, et du coup j’ai fait une hypo. Mais après c’est dans la tête ! Je me suis accrochée, me suis forcée et j’ai survécu jusqu’au prochain ravito où j’ai pu manger un peu. Dans c’est cas-là tu as une force mentale de malade, je voulais tellement gagner. La victoire est d’autant plus belle car je me suis battue contre moi-même et c’est plus fort que si j’avais gagné avec 2 h d’avance sur la 2ème. Je pensais aussi à Mike Horn et je relativisais. Lui il part pour 70 h alors 25h c’est rien finalement !

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Caroline Chaverot, une étoile au zénith !

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TTM : Comment as-tu géré la nuit ? 

CC : J’aime bien la nuit ! Mais 10 heures c’est long ! Tu te dis que c’est toujours ça de gagné sur la chaleur mais quand même. Et puis il y a cette ambiance particulière qui me plaît…bon mis à part les maux de  ventre, ça allait. Celui qui arrive à Courmayeur frais, je lui dis chapeau. J’étais pas super fraîche  et c’est là que les difficultés ont commencé. C’était dur !

TTM : Selon toi l’UTMB est-elle la course que tout traileur doit avoir à son actif ?

CC : OUI ! Enfin pour tout Ultra-traileur, oui. C’est une course extraordinaire déjà par son tour du Mont Blanc. Et il y a cette ambiance, l’arrivée… c’est génial. Personne n’est anonyme. J’ai été courir pour m’entraîner le jour de la TDS et j’ai vu les derniers arriver, accueillis avec du monde partout, c’est top.

TTM : Oui on t’a vue accueillir la dernière sur l’UTMB, c’est génial ! 

CC : Oui c’est magique comme moment. Et l’organisation de l’UTMB est vraiment top avec des vraies valeurs éthiques. 3 jours après la course il n’y a plus de traces et ce n’est pas le cas de tous les trails.

TTM : Entre nous Caroline tu m’as fait rêver pendant tout l’UTMB et tu montres que c’est faisable… Selon toi quelles sont les conditions, les qualités pour y arriver ?

CC : L’Humilité. La confiance en soi. On peut tous le faire. Celui qui fait l’UTMB en 46h il marche donc il a une certaine persévérance. Et puis il y a l’amour de la course et de la montagne et surtout prendre du plaisir sur ce que l’on fait. Il faut SAVOURER. Cette année je n’ai pas pris beaucoup de plaisir parce qu’après Courmayeur c’était ardu. Celui qui fait cette course pour être finisher, il faut alors qu’il prenne du plaisir et du bonheur et surtout savourer cette chance de le faire. J’ai pensé à mon élève qui est décédé d’un cancer à 19ans, si jeune… c’est dur,  et là je me suis dit on a la chance de courir alors savoure.

TTM : Ta journée type ? 

CC : Euh je n’en ai pas !!! (rires) Quand je travaille j’ai des contraintes et l’été je m’adapte à ma famille et la course vient après. Ce n’est pas ma famille qui s’adapte à mes entraînements. Je m’adapte moi et fais selon mes enfants. Sinon pour une journée de travail c’est 8h 11h30, puis à 11h30 je pars courir 2h je reviens travailler de 15h à 17h et après le travail je m’occupe de mes enfants. Le week-end ça se passe en famille on prend le petit dej et la journée leur est dédiée. Je sais que Nathalie est suivie par sa famille et ça tourne autour du trail. Nous avec mon mari on fait d’abord passer les enfants en 1er. Ma fille a déjà 8 ans et ça passe très vite, ils seront vite ados alors je veux en profiter. Avec mon mari on a envie de leur donner la chance de faire des activités sportives en nature et ça prend du temps. Du coup on leur donne du temps.

TTM : Que penses-tu des femmes dans le trail aujourd’hui ? Il  y a peu de temps nous n’étions pas nombreuses…

CC : Alors plus les trails sont courts plus il y en a ! Ça c’est quand même très féminisé maintenant alors que c’est un sport très dur et en plus en pleine nature. Pas un sport en salle qui attire plus de femmes. Sur l’UTMB il y a 10% de femmes alors que sur l’OCC il y en a 45% ! Ça séduit de plus en plus les femmes et ça va continuer. Et puis ce n’est pas toujours facile pour les femmes : il faut gérer les enfants (entre autres) et pouvoir s’entraîner ! Mais ça reste quand même un milieu très macho. Dans le journal l’Equipe il ont fait toute une page sur le gagnant de l’UTMB et il y avait une ligne pour moi…

TTM : Si tu avais une baguette magique que changerais-tu dans le trail ?

CC : Le coté macho ! Sinon pas grand chose, je ne vois que du positif ! Et il y a des magazines comme Trail Endurance Mag qui font attention aux femmes et une considération nous est accordée.

TTM : As-tu des conseils pour les traileurs afin de préparer les courses, d’être plus performant ? 

CC : Je dirais 2 conseils : 

1/ s’éloigner des schémas classiques de l’athlétisme et courir à 20km/h… Il faut faire du volume pour les ultras.

2/ S’adapter au trail : si c’est de la montagne, enchaîner les montées et descentes.

Si c’est un trail roulant, faire beaucoup de sorties longues. Vouloir faire l’UTMB avec 5h de sorties par semaine c’est pas possible !

TTM : Petit quizz rapide Caroline !

Ton péché mignon : Le chocolat ! J’adore ça ! Je le fais moi-même ! Je me suis emmenée des boîtes de chocolat que je mange tout le temps !

Dans ton Ipod il y a quoi ? Je me suis fait une playlist très éclectique : lady gaga, de la dance, de la pop, j’aime beaucoup Lou Doillon, du Rap, Booba… bref de quoi m’occuper 24h !

Ton  leitmotiv pour courir : Profiter et savourer.

Ton grigri sur le trail ? Je n’en ai pas ! 

Ta course préférée ? UTMB !

Celle qui te fait rêver ? La Hard Rock aux USA.

Bon une bonne question de fille Caroline : Comment fais-tu pour avoir la ligne alors que tu manges du dénivelé ? Euh… je pense qu’il faut être musclée mais fine aussi. Regarde, même les hommes dans le top 10 ils sont pas épais ! Et puis il faut faire attention à son alimentation. Je ne fais pas de musculation vaut mieux en faire en naturel  (vélo, nature etc..)

Ton lieu de vacances préféré ? Oula… euh chez mes parents ils ont un chalet dans les montagnes suisses.

Ce que tu adores faire après un trail ? Aller dans un SPA ! C’est le rêve absolu… si je peux !

Ton prochain défi ? Les mondiaux au Portugal  fin octobre !

Un dernier mot ? Profitez bien et faites-vous plaisir avant de penser au résultat !

 

Merci Caroline pour ce moment passé avec toi qui a été très sympa, bonne récup et surtout prends soin de toi !

Céline Demmerle.

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