David Fournel, la montagne dans la peau

David Fournel, la montagne dans la peau

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Aujourd’hui TraileurZ The Mag vous propose de découvrir David Fournel, un athlète engagé dont la carrière de coureur est jalonnée de défis…

TraileurZ The Mag : Alors David bonjour, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

David Fournel : « Bonjour ! je m’appelle David Fournel, 46 ans, Gérant d’une Agence Commerciale. Papa de 2 princesses de 9 et 11 ans. Domicilié dans le Parc National des Écrins, je suis originaire de Saint-Etienne dans la Loire. Je viens du cyclisme sur route (niveau National dans les années 1990-2000), je cours en montagne depuis l’âge de 12 ans. En trail, j’aborde la compétition après avoir arrêté le cyclisme, dans les années 2000 J’ai couru pas mal sur du format 30-40kms d’où j’ai ramené quelques petites victoires mais avouons-le, guère de plaisir. En 2012, je suis nommé responsable technique du déploiement de Station de Trail du Pays des Ecrins. Je mets au monde ce joli bébé et j’assure le balisage, l’entretien pendant 2 années de ses 400 kms de traces. Je trouve un plaisir immense dans la découverte de nouveaux territoires mais je ne suis pas forcement un flâneur… Pratiquer la montagne en la courant tout le temps m’a d’ailleurs valu mon surnom de Speedmountaineer. Depuis toujours en course à pieds, j’ai du mal avec les entrainements trop structurés. Je suis plutôt un adepte de l’écoute de mon corps, ce qui me permet de durer dans la discipline. Aucune blessure malgré un dénivelé annuel conséquent. Je suis un adepte des « longues aventures trottées » d’où de nombreuses escapades solitaires en autonomie complète ou semi autonomie. Dès l’âge de 15 ans (1987) je partais en montagne dans le Vercors pour des sorties de 8-10h avec une gourde et une barre de céréales. A l’époque le sujet de la course en montagne était tabou ! On ne courrait pas en montagne ! Ça a bien changé, heureusement. Depuis 30 ans je ne compte pas le nombre de sorties excédant les 10h en pleine nature. Avec de très beaux souvenirs et ou de beaux projets comme le Tour du Vercors (200 kms 15000 m d+), l’Extreme Diois Challenge (100kms 8000m d+), Ultra Livradois Forez Trail (180kms 10000m d+) etc… Un truc drôle qui pique bien les cuisses : La tournée des refuges 80kms 9800m d+. Et plein d’autres dans ma tête !

Dorénavant, je vais sur un Ultra « organisé » pour découvrir un mythe, une organisation, un territoire. En effet, je m’aperçois que j’ai tellement couru de manière confidentielle, que j’ai une lacune culturelle par rapport aux grands événements ! Cette année je découvre les templiers… Tu vois à quel point j’attache de l’importance à mon image « d’ultra traileur » (sic). »

T.T.M : Tu as accompli une sacrée performance pour une association. Peux-tu nous expliquer en quoi consistait ton défi ?

D.F :  » En 2013 j’ai donc tracé les parcours trail dans les Ecrins. Parmi ceux-ci j’ai dessiné un ultra de 113kms et 7500m d+ qui fait le tour du pays. Plusieurs tentatives ont eu lieu, mais aucune n’était allée au bout. Donc depuis un petit moment je m’étais dit que tout de même, je devais moi aussi le tenter. Au moins pour montrer que c’est un ultra réalisable. Parallèlement, une association est née autour d’une personne de notre territoire, atteinte par la maladie de Charcot. (Je présenterai l’association plus loin). Je ne voulais pas que mon combat sur une vingtaine d’heures ne soit vain, une symbolique forte était à mes yeux plus importante que le résultat par lui-même. 7500m dénivelés positifs ça peut faire peur sur le papier, d’autant qu’il s’agit de terrain montagne sauvage avec seulement 1% d’asphalte et disons 20% de hors sentier. J’avais évidemment à cœur de boucler cette trace en semi autonomie. 3 ravitos et seul à effectuer la boucle complète. Pour que je sois dans mon élément, il fallait que je rentre dans la bulle que je me suis construit quand je cours. Les jambes étaient bien présentes ce jour-là, heureusement parce que les passages techniques m’auraient fusillé. Au final la boucle est bouclée en 18h de progression, 2h30 de ravitaillements et 1h30 de « jardinage » de nuit. Ca rentre dans l’objectif de challenge que je m’étais fixé au départ malgré 10kms et 1000m d+ supplémentaires. Même si cela ne relève pas d’un exploit « Kilianesque », c’est très gratifiant de rentrer dans ses objectifs :

– Être l’ambassadeur et apporter de la visibilité à cette belle association « Le Sourire d’Aurore »

– Mon parcours est enfin bouclé : C’est bête à dire mais c’est la même sensation que fermer un livre passionnant lu d’une seule traite !

– La sensation que le job est fait, pour partir vers d’autres projets, de nouveaux objectifs. »

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David Fournel, la montagne dans la peau

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T.T.M : Parle-nous de l’association pour laquelle tu as tant transpiré !

D.F : « Ce défi a donc été pour moi, l’occasion de communiquer sur cette association. Le Sourire d’Aurore contre la SLA est née lorsque Aurore Baroni a contracté cette maladie de Charcot. Créée en 2015 par des proches et amis de Aurore, cette association a pour vocation d’aider Aurore dans son quotidien mais aussi et tant que possible, tous les autres malades de SLA. Les budgets de l’état consacrés à la recherche sont tellement ridicules qu’un réseau d’associations a dû se créer et se fédérer afin d’augmenter la part des dons et des financements privés. A noter que le Trail est un moyen de communiquer reconnu pour ce réseau associatif puisque présent sur l’UTMB 2018 pour un tour du mont blanc en joëlettes en amont de l’épreuve. Pour moi, il était important de communiquer pour l’association pour une notion de visibilité accrue de celle-ci mais c’est aussi un petit coucou que je voulais adresser à Aurore. Joindre mon effort à son combat pendant une vingtaine d’heures, c’était aussi lui dire à quel point les injustices de la vie me torturent : elle qui, infirmière, a sauvé tant de vies avant que la maladie ne s’installe. (J’en profite pour communiquer les coordonnées de l’association à la fin de cette interview. Un don, un article sur l’association ou simplement une action bénévole est importante, n’hésitez pas à vous manifester). »

T.T.M : Quelles sont pour toi les valeurs que devrait entourer la pratiquer du Trail Running ?

D.F : « Je distinguerai ma réponse en deux catégories, les belles valeurs qui existent dans le trail running et qui seraient les bienvenues dans d’autres activités… L’accessibilité et les liens étroits entre tous les pratiquants, quel que soit le niveau, le respect de la performance de tous, quel que soit le classement, la liberté : rêver, imaginer, préparer et tracer ses propres aventures. Peu de sports offrent autant de liberté. Le partage et l’entraide. Comme j’aime le répéter, c’est certainement le plus solidaire des sports individuels ! Et il faut que ça le reste. En compétition ou à l’entrainement. Le dépassement de soi. Dans une société où l’effort est de moins en moins récompensé, être sportif amateur permet une forme d’autosatisfaction au moins ! A défaut un bon entrainement pour la vie professionnelle. L’approche environnementale : un respect de notre belle nature ! D’autres valeurs qui ont tendance à malheureusement disparaitre ou qui pourraient être encore renforcées comme cette communion Elite – amateurs. Mes poils se hérissent lorsque j’entends parler de la création de courses exclusivement réservées aux élites. Attention à ne pas se tromper de sport… Les notions de convivialités et de proximité sont les fondements de la discipline. L’accessibilité financière, le coût des inscriptions. La aussi, attention à certains dérapages incontrôlés sur certaines courses. »

T.T.M : Est-ce que tu as d’autres défis qui te trottent dans la tête ?

D.F : « Il y en a tellement encore… mais parmi les plus proches pour 2019,  j’ai 2 gros projets en maturation : Tentative libre et « rapide » sur le GR5 Thonon – Nice, le record détenu par Pascal Blanc, étant à mes yeux inaccessible. Un nouveau Tour de l’Oisans intégral. Sur l’un ou l’autre de ces défis voire les 2, j’aurai aussi une démarche pour une association caritative. J’en profite aussi pour lancer un appel aux adeptes d’ultra off : les Seb Chaigneau, Christophe Le Saux, Steph Brogniard et autres, ça serait sympa de mutualiser nos projets, pourquoi ne pas d’ailleurs réfléchir à un projet collectif ? »

T.T.M : L’hiver tu bascules sur quelles autres activités ?

D.F : « Cette saison est pour moi l’occasion de pratiquer d’autres activités : Ski de randonnée sous sa forme Ski Alpinisme, mais aussi du ski de fond. Pour ces 2 activités j’ai la chance de pouvoir chausser devant la maison ! C’est pratique. Sinon je nage et je continue en course à pieds de façon plus modérée. »

T.T.M : Pas trop dur de concilier sport d’ultra endurance et vie de famille ?

D.F :  « Pas évident effectivement de concilier tout cela, surtout quand tu es ton propre patron. En même temps, il faut le dire aussi, à 46 ans le corps a besoin de récupération et je ne pourrais décemment pas charger plus en entrainement. Je sors 5-6 fois par semaine mais mon entrainement se faisant aux sensations, les séances sont naturellement assez torturées et rythmées donc je n’ai pas besoin d’une demi-journée pour boucler une séance. Je m’organise pour faire le long le dimanche. Enfin j’ai la chance d’avoir une fille ainée (11 ans) intéressée par le trail running et j’ai la chance de partager des sorties avec elle. Le partage, toujours le partage ! »

Propos recueillis par Grégory Julien Baron.

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Page athlète facebook : https://www.facebook.com/DavidUltraEndurance/

Instagram : @speedmountaineer

Blog (en cours) : http://speedmountaineer.com/

Email : contact@speedmountaineer.com

L’association « Le sourire d’Aurore » : https://www.facebook.com/Association-Le-Sourire-dAurore-contre-la-SLA-408461879321099/

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