Nicolas Muller, la photo dans les veines !

Nicolas Muller, la photo dans les veines !

Aujourd’hui TraileurZ The Mag vous propose une article inhabituel, sur ceux que l’on ne voit que trop rarement ou alors trop rapidement sur les courses… Le photographe, caché au détour d’un virage, allongé au sol afin de capter l’effort, LA photo qui fera ressortir toute l’émotion d’une course, d’une arrivée… Nicolas Muller fait parti de ces artistes trop souvent dans l’ombre. Focus.

 

TraileurZ The Mag : Salut Nico, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Nicolas Muller : « Bonjour, tout d’abord je remercie TraileurZ The Mag de s’être intéressé à mon profil et à mon activité, c’est un réel honneur. Par où commencer ? Je m’appelle Nicolas Muller mais je suis plus connu sous le pseudonyme Nicolas L’Impala (non pas parce que je cours vite malheureusement). J’ai 26 ans et je suis photographe sportif dans le domaine de la course à pied, le trail et le triathlon depuis 3 ans dans la région Grand-Est. Pour revenir à mon pseudonyme « L’Impala », il est simplement lié au nom de mon entreprise « L’Impala Photographie ». Il faut savoir qu’avant de m’installer « tranquillement » derrière l’objectif, je suis d’abord passé devant ! Je suis coureur amateur depuis environ 5 ans. La course à pied a tout de suite été pour moi un sport grâce auquel j’ai pu m’épanouir, me fixer des objectifs et les atteindre. Mon plus gros défi fût de venir à bout d’un 100km (les 100km de Mécleuves) et il m’a fallu 15H08 pour le réaliser (Je t’avais dit que je ne courrais pas vite, non ?). C’est suite à cette course que m’est venue l’idée de développer mon activité. Notre région propose de très belles courses, que cela soit sur routes ou dans les sentiers et je trouvais dommage qu’il n’y ait que très rarement des photographes professionnels capables de nous délivrer des beaux souvenirs. »

T.T.M : Tu pratiques la photographie, que peux-tu nous dire sur cette activité ?

N.M : Il y a tellement de choses à dire à ce sujet… Quand je me suis lancé dans cette activité il y a 3 ans de cela, j’avais un objectif en tête : devenir une des références de la photographie de courses à pied dans ma région. La photographie est un outil merveilleux et particulièrement lors de la course à pied (ou lors des disciplines associées). On immortalise l’instant, l’émotion, la performance et l’effort ! Je trouve cela magique de pouvoir garder des souvenirs de nos différentes courses et de pouvoir les partager !

La photographie, en plus d’être une passion, est vite devenue le cœur de mon métier. Et qui dit « métier » dit « possibilité d’en vivre ». Au début, je ne te cache pas que cela n’a pas été facile. J’ai dû faire connaitre mes services à l’ensemble des organisateurs de courses de la région, j’ai dû tester plusieurs formules afin d’être rémunéré dignement par rapport au travail que j’effectuais. Au début, je me déplaçais gratuitement, je shootais les coureurs et je leur vendais mes photos individuellement comme le font la plupart des photographes. J’ai vite compris que cette formule était uniquement intéressante pour les gros évènements tels que les marathons ou les ultra-trails. En ce qui concerne les courses locales, les « courses à la saucisse » comme on dit, c’est plus dur de vendre. Bien que les photos ne soient pas moins belles, le rapport coût de l’inscription/achat de la photo (entre 5 et 12 euros) ne correspond pas au budget de chacun et je le comprends totalement. C’est pour cela que j’ai complètement changé de formule. Aujourd’hui, c’est l’organisateur qui finance ma prestation avec des tarifs compris entre 1€ et 1,50€/coureur pour un lot moyen de 3 ou 4 photos (voire plus) par coureur. C’est un modèle économique gagnant pour chacune des parties. Si l’organisme rencontre des problèmes au niveau du budget par exemple, rien ne l’empêche de majorer l’inscription d’1 ou 2€ pour financer ma prestation. J’avais d’ailleurs pris soin en amont de réaliser un sondage sur un référentiel de plus de 1000 coureurs où plus de 98% d’entre eux se disaient prêts à rajouter cette modique somme à leur inscription afin de bénéficier d’une couverture photo professionnelle. Cela fait maintenant plus de 2 ans que je fonctionne comme cela et je n’ai que des échos positifs !

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Nicolas Muller, la photo dans les veines !

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T.T.M : Quelle est l’importance de la nature, des grands espaces dans ta passion ?

N.M : Ah la nature… je suis un grand amoureux de la nature et des sports outdoors (course à pieds, trail, vtt, snowboard etc). En photographie, il faut savoir qu’il y a deux éléments importants : le sujet et le background (l’arrière-plan, en anglais c’est plus stylé quand même). Pour le sujet, il s’agit de capter la bonne foulée et la meilleure expression faciale. Pour le background, il faut qu’il soit lumineux, qu’il y ait un espace important entre le coureur/traileur et la ligne de fond afin d’appliquer un beau bokeh (flou d’arrière-plan) qui permet de détacher le sujet du fond. Mais avant tout, il faut que le background retranscrive l’atmosphère générale du trail. Sur certains trails, un décor montagneux sera judicieusement photographié. Sur d’autres, une forêt verdoyante accompagnée du passage d’une rivière (clin d’œil à L’HemeraTrail) sera tout aussi propice à être photographiée ! Chaque trail a ses spécificités et il s’agit pour moi de les mettre en valeur en utilisant au mieux la nature qui nous entoure !

T.T.M : Quel regard portes-tu sur le trail running actuel ?

N.M : Très bonne question. Aujourd’hui, le trail running a beaucoup évolué ! Il est de plus en plus populaire et de plus en plus digital. On le voit avec l’apparition des réseaux sociaux, des applications mobiles et l’utilisation des appareils connectés comme les montres GPS. Il est donc également beaucoup plus sujet au marketing. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ? Je vais te donner mon point de vue. Pour différentes raisons, et ce n’est qu’un avis personnel, c’est relativement une bonne chose :

  • Chaque année, de plus en plus de personnes se mettent à la pratique du trail car c’est devenu un sport accessible où chacun peut évoluer à son rythme.

  • Le trail rassemble ! Que ce soit sur les réseaux ou dans les sentiers, on a tous une passion commune et on pourrait en parler pendant des heures ! Qu’il s’agisse de la dernière montre connectée, de ses derniers résultats sur Strava, de ses dernières galères lors d’un ultra,… les sujets sont multiples, et plus passionnants les uns que les autres !

  • Voir la progression de nos amis nous motive à nous dépasser !

  • Le trail est plus généralement la course à pied est génératrice d’idées et d’innovations ! Alors oui certaines personnes diront que le trail « c’était mieux avant ». On l’a tous déjà entendu cette phrase et d’ailleurs pas qu’en ce qui concerne le trail. Mais nous sommes en 2019 et je pense que le trail évolue comme il doit évoluer, il se modernise comme toute chose. Personne n’est obligé de faire partie d’un groupe de runners sur facebook, personne n’est forcé d’avoir la dernière montre Garmin connectée à Strava et chacun est libre de participer ou non à un trail s’il est trop cher.

Finalement, chacun est libre de faire ce qu’il veut ! Courir pour gagner une place sur un podium ou simplement courir pour le plaisir. S’équiper de la tête aux pieds ou se contenter d’une bonne paire de running. Courir en groupe ou en solitaire. Être actif sur les réseaux et échanger sur sa passion ou non. Il suffit à chacun de trouver ce qui lui convient le mieux ! Dans tous les cas, le trail running continuera d’évoluer et pour toutes les raisons que j’ai exprimées, cela ne peut qu’être positif !

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T.T.M : Comment se déroule le shooting d’une course par exemple ?

N.M : Je vais répondre à ta question de manière un peu plus large, car bien que le shooting ait lieu en général pendant une demi-journée ou une journée, il y a des étapes en amont et en aval qui sont toutes aussi importantes.

  1. Je commence par prendre connaissance du lieu de la course et de la durée du parcours afin d’arriver une heure en avance. Cela me permet de faire un repérage et de commencer à prendre des clichés de coureurs qui s’échauffent. Selon la difficulté du parcours, un repérage quelques jours au préalable peut parfois être nécessaire. Je récolte des informations non seulement sur le parcours de la course, mais aussi sur le nombre de coureurs, et sur la météo prévisionnelle. Je recherche également les résultats des années précédentes pour avoir une idée approximative du moment durant lequel la tête de course fera son passage devant mon objectif. Pour résumer, je rassemble le maximum d’informations sur la course afin d’éviter tout imprévu.

  2. Avant le départ, j’essaye d’immortaliser l’ambiance de la manifestation, les échauffements des coureurs ainsi que leurs émotions (leurs rires, leur stress…) C’est également un moment de partages avec les participants qui viennent très souvent me saluer et discuter avec moi. Beaucoup d’entre eux sont devenus des proches qui forment comme une deuxième famille pour moi aujourd’hui…

  3. Lorsque le départ est donné, je photographie en mode rafale le maximum de coureurs encore « frais » !

  4. Ensuite, je m’installe sur mon spot de shoot. Il est généralement situé non loin de la ligne d’arrivée mais cela n’est pas toujours le cas. Je peux parfois être amené à me déplacer. En fait, cela dépend de facteurs tels que le paysage, la luminosité et cela dépend aussi des consignes particulières quelquefois données par les organisateurs.

  5. Quand j’aperçois le premier de la course qui fait son apparition, je vérifie mes réglages et j’enchaine les clichés. En fonction du nombre de kilomètres à parcourir, les couvertures photos peuvent s’étendre sur des journées entières voire des week-ends entiers quand il s’agit d’ultra-trail ! Une bonne condition physique est donc nécessaire. Une tenue appropriée est aussi indispensable afin de faire face au froid, à la pluie, au soleil ou à la neige.

  6. Pour finir, les derniers participants passent devant mon objectif et je remballe mon matériel. Je photographie quelquefois les remises de prix, si elles ne se sont pas déjà déroulées, puis je rentre chez moi.

  7. Une fois rentré, je transfère toutes mes photos sur mon ordinateur : il y en a en moyenne entre 2000 et 5000, mais le nombre varie en fonction de la course, du nombre de participants etc. Arrive ensuite l’étape la plus fastidieuse : le post-traitement des photos. Le post-traitement consiste à embellir les photos grâce à une colorimétrie adaptée. C’est également le moment de supprimer les photos ratées pour que le reportage photos soit de qualité. Le post-traitement dure au minimum 5H mais sa durée peut dépasser 30H lorsqu’il s’agit de reportages de plusieurs jours !

  8. L’étape du post-traitement terminé, il faut alors classer les albums en sous albums pour faciliter la recherche des coureurs. En général, je classe les photographies par tranche horaire de passage devant l’objectif.

  9. La 9ème et dernière étape est la mise en ligne des photos. Tous les reportages photos avec leurs sous albums sont uploadés sur mon site internet. Cela prend en général plusieurs heures. L’album est ensuite accessible via ma page facebook suivie par la majorité des coureurs de la région. La diffusion se fait donc très rapidement grâce aux multiples partages et aux identifications des participants.

On retiendra qu’être photographe et qui plus est dans le domaine sportif, ce n’est pas juste venir avec son matériel et appuyer sur le déclencheur ! Et encore, je ne t’ai pas parlé de tout l’aspect marketing, car cela n’était pas la question.

T.T.M : Tu as des projets, des actions auxquelles tu tiens ?

N.M : Ça tombe bien que tu me poses cette question ! Aujourd’hui, la photographie constitue une de mes activités principales. La course à pied représente 80% de mon travail dans ce domaine, mais je réalise également d’autres prestations diverses et variées : je couvre des mariages, des spectacles, des évènements, du lifestyle, etc. Tu peux retrouver l’essentiel de mon travail sur www.limpalaphotographie.com

À côté de la photo, j’ai développé plusieurs concepts et entreprises autour de la course à pied et du trail. Je me qualifie de « runpreneur » ! J’ai lancé un concept de stickers à coller à l’arrière de son véhicule. Similaires aux stickers « Motard à bord », ils sont destinés à notre belle communauté de sportifs ! Toutes les informations se trouvent sur www.runner-sticker.com.

J’ai également fondé ma propre team de coureurs : la Team Impala. À la base, c’était un moyen marketing afin de promouvoir L’Impala Photographie. Je sponsorisais quelques athlètes locaux. Mais, il y a plus d’un an, la Team Impala a pris un nouveau virage. Désormais sans limite géographique, elle est ouverte à tous les coureurs désireux de faire partie d’une Team 2.0 indépendamment de leurs niveaux ! Tout son fonctionnement est expliqué sur www.teamimpala.run.

Enfin, j’ai lancé ce mois-ci un tout nouveau projet que j’ai baptisé « Calenrun ». Le calenrun c’est en quelque sorte le calendrier du coureur ! Il récapitule l’ensemble des courses disponibles par région ! C’est un moyen clair de programmer au mieux sa saison de courses. La partie graphique a été réalisée par Mélina Pellicano, une runpreneuse savoyarde qui s’est jointe au projet. Le petit plus est que chaque année des jeux concours seront organisés afin de nommer les Miss et Misters Calenrun qui figureront sur les photographies du calendrier de leur région ! Tout est détaillé sur www.calenrun.com.

Ah oui, j’oubliais, 10% des bénéfices réalisés sur les ventes des calendriers sont reversés à l’association un Petit Pas pour Pradder-Willi.

Je crois que j’ai fait le tour de la question ! Comme tu peux le constater, je me donne à 110% dans mes projets qui tournent au final toujours au tour de ma passion de la course à pied et du trail ! J’en ai encore quelques-uns en stock bien cachés dans ma tête, mais chaque chose en son temps !  Je pense qu’il est important de faire ce qu’on aime et aujourd’hui je pense avoir trouvé ce que j’aime ! Alors bien sûr, tout ne s’est pas fait du jour au lendemain, il y a eu des hauts et des bas, une quantité conséquente de travail, encore présente aujourd’hui… Mais quand je vois les résultats, les compétences que j’ai développées, la satisfaction et la joie des coureurs/traileurs que je photographie, les centaines d’amitiés qui se sont créés, je crois que ça en vaut la peine !

Je conclurai cette interview par une citation de Mark Twain que j’apprécie particulièrement :

« Dans vingt ans vous serez plus déçus par les choses que vous n’avez pas faites que par celles que vous avez faites. Alors sortez des sentiers battus. Mettez les voiles. Explorez. Rêvez. Découvrez. »

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Propos recueillis par Grégory Julien Baron.

TraileurZ The Mag

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