Un monkey sur la Ronda dels Cims 2016 ?

By TraileurZ The Mag
In ACTUALITÉS
Août 1st, 2016
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Un monkey sur la Ronda dels Cims 2016 ?

Si le Mordor existait vraiment, je pense qu’il pourrait être situé en Andorre sur les traces de la Ronda dels Cims. C’est caillasseux, c’est caniculaire, c’est « dré dans l’pentu », c’est hostile, bref c’est le Mordor mais avec le soleil en plus…

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« La Ronda, faut l’essayer une première fois pour voir et gouter, et revenir l’année d’après pour la finir. » Apostolos Teknetzis.

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Quand je m’y suis attaqué en 2015, je me suis rendu en Andorre un peu la fleur au fusil, naïf, inconscient, persuadé d’être préparé comme il faut pour la Ronda et convaincu que ça allait passer. J’ai pris la plus grosse claque trailistique de ma vie de coureur. Je pèse mes mots mais j’ai été choqué par la dureté de la pente, le manque de sentier et la violence inouïe du profil. Le dieu de la Montagne Andorrane ne m’a permis de gouter qu’aux 50 premiers km et estimant que je n’étais pas prêt il m’a obligé à stopper sur déshydratation. Je me suis juré de revenir en 2016 pour finir les 120 km de balade restants. Un an pour arriver avec beaucoup plus d’humilité et de préparation. C’est comme ça que je me retrouve à prendre à nouveau le départ de la Ronda Dels Cims en juillet 2016, bien décidé à aller au bout cette fois ci. Sur le papier cette course est un ogre , une dévoreuse de coureurs : 170km , 13500m de D+ , 16 cols a plus de 2400m d’altitude (une moyenne à 2100m et un passage a presque 3000m), 45% de chemins compliqués voire très compliqués… une limite d’heure à 62/63h de course là ou sur l’UTMB on est plutôt à 46h. Le premier est attendu après une trentaine d’heure. Enfin chaque année c’est environ 50% d’abandons. Cette course fait peur et en même temps attire comme un aimant. Le challenge, la beauté des paysages et du panorama, le dépassement de soi, titiller ses limites….

15 juillet, 7h, c’est le Grand départ à Ordino pour ce grand Tour d’ Andorre par les Sommets. La Ronda dels Cims se découpe en deux parties : il y a l’avant Margineda, base de vie du 74 ème km et l’après Margineda une fois la (trop) longue ascension du Pic Negre bouclée. On dit que si les coureurs repartent de la base de vie de la Margineda alors ils ont de bonnes chances de finir la course. La première partie est très violente et compliquée : le premier ravito est au 21 ème km après presque 2000 m de D+. La Ronda dels Cims c’est simple : sur cette première partie c’est 1000 m de D+ tous les 10km de course. Au 50ème, il y a la dantesque ascension du Comapedrosa (900m de D+ en 3km) le Toit d’Andorre à 2950m, dans un gigantesque pierrier et des pentes à 40% et plus. La météo est très chaude le jour (30°C et plus) et froide la nuit avec des températures entre 0 et 5 degrés aux passages de cols. Les organismes sont vraiment mis à mal par la difficulté du parcours et par les conditions météorologiques.

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Un monkey sur la Ronda dels Cims 2016 ?

Parlons-en du parcours : essentiellement des zones de pierriers, une fois les 2000m passés, en dessous des sentiers verdoyants mais très humides, les vallées sont remplies de cours d’eau. Il n’y a pas vraiment de sentiers tracés, les coureurs suivent le GR mais ce n’est pas un « billard ». Beaucoup de cailloux, de blocs rocheux, de single très accidentés, les pentes sont très raides aussi bien en montées qu’en descentes et la plupart du temps les andorrans ne s’embêtent pas zigzaguer et montent droit dans la pente. C’est ce qui choque et surprend le plus la première fois. Pour avoir couru la Diagonale et l’UTMB en 2015, je peux vous assurer que les sentiers Andorrans sont bien plus techniques et usant que les trails réunionnais. La première grosse gifle sur la Ronda, tu la prends sur la montée du ComaPedrosa ! 900m de D+ uniquement dans un pierrier, sur 3Km, un dernier ressaut sur une paroi rocheuse pour achever les coureurs…la récompense est de retrouver au sommet le joueur de cornemuse qui joue à chaque coureur qui passe au sommet. La descente est à l’image de la montée. Beaucoup abandonnent au ravito du 50eme juste après , épuisés et démoralisés a l’idée qu’il reste 120km de course …A ce ravito on arrive avec 50km et 5000m de D+ dans les pieds ..Et 13h de course pour ma pomme. De nombreux coureurs arrivent livides et en mode zombi, il ne faut pas trainer au refugi di Comaperdosa au risque d’avoir le moral touché.

La 2nd gifle, qui a ce niveau-là est plutôt un « coup de boule », tu la prends avec la descente vers la Margineda. Quasi 1500m de D- à effectuer en 7km … avec un départ au milieu de la nuit. Les 400 premiers mètres se descendent en s’aidant de chaines fixées sur la roche, quelques centaines de mètres de précipice sur la gauche. C’est d’une violence inouïe, c’est dangereux, l’erreur d’appui est interdite. Après 3heures de descente on arrive enfin à la base de vie de la Margineda extenués, nerveusement « abimés ». Je suis obligé de changer de chaussures, la première paire est presque morte et les pieds commencent à se désintégrer. Impossible de dormir mais on s’octroie deux heures de pause pour se remettre de nos émotions et récupérer avant d’attaquer les 23 km de grimpettes au Pic Negre et les 2000m de D+. On a crapahuté 9h pour 30 km et 2000m D+ pour atteindre le Pic Negre… Cette course et définitivement hors norme et dantesque. La deuxième partie de la course, fait 100km à partir de la Margineda et est une succession de 7 cols à plus de 2500m quasi sans plats. Sur cette partie on passe d’un environnement très minéral à des sentiers verdoyants avec des sapins, beaucoup d’herbe, des fleurs. D’ailleurs les sapins sont idéalement placés sur la course pour faire une sieste quand le soleil tape trop fort (sieste de 10 min réalisée sans trucage sous un sapin dans la descente vers Claror). L’Objectif de cette deuxième partie de Ronda est d’arriver sain et sauf, pour le début de la deuxième Nuit à la base de vie du Pas de la Case au km130. A partir de là je pourrais concrètement me dire que je vais aller au bout. 3 cols et demi à passer depuis Claror pour arriver à la base de vie et une trentaine de km et encore beaucoup de D+, presque 2500m. Il m’aura fallu 9h pour arriver au Pas de la Case mais dans le créneau prévu, vers 1h du matin. Le passage du col des Isards aura été un supplice, avec un col caché non affiché sur le profil. Droit dans la pente, les genoux dans le pif, à monter avec les mains en s’accrochant aux touffes d’herbe, à minuit avec environ 5 degrés.

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Un monkey sur la Ronda dels Cims 2016 ?

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Arrivée au pas de la case vers 1h du matin, un grand gymnase, plein de coureurs à la dérive… on apprend que certains sont là depuis 4h, d’autres ne repartiront pas, vaincus par la Ronda au 130 eme. Le mental est vraiment chahuté, heureusement on est 3, on s’encourage et on se soutient, c’est la règle sur cette course que je m’étais fixée : je ne cours ni n’arrive seul. Impossible de dormir, change complet, repas chaud, on refait le sac, on repart pour la dernière ligne droite vers 3h30 du matin. Il reste 3 bosses puis l’arrivée (prévue en milieu d’après-midi). Il y a la 3ème gifles du parcours, la montée du Col de Pas de les Vaques, 6km de montée en suivant l’Ariège, les pieds dans l’eau. J’en profite pour dormir 5 min derrière un rocher dans la montée à l’abri du vent. Décidément on ramasse du début à la fin sur la Ronda, mais on garde le moral, la fin est proche. Le contrôleur au col nous apprend qu’il y a environ 200 abandons sur un peu plus de 400 au départ. Deux grosses bosses et on rentre à la maison. La descente vers Incles nous rappelle la petite maison dans la prairie ! C’est super beau, mais je suis sur les rotules, je dors encore 2 min d’un sommeil très profond sur une chaise de jardin au ravito. Les deux dernières bosses sont à l’image de la course : raides, violentes, casse pattes et brise-moral, dré dans le pentu, 800m de D+ chacune sous le cagnard. Après 58h22min on franchit enfin la ligne d’arrivée avec mon pote de course, exténués mais soulagés d’être rentré sans bobo à la maison. Je pensais être allé loin dans l’introspection avec la Diagonale, un nouveau cap a été franchi avec la Ronda. La Ronda faut l’essayer une première fois pour voir et gouter, et revenir l’année d’après pour la finir.

Chez les Hommes victoire de Nahuel Passerat en 31h33 suivi de Kenichi Yamamoto en 32h30 et de Nicolas Bassi en 32h43. Chez les féminines victoire de Lisa Borzani en 37h25 suivie de Melissa Gosney en 39h52 et de Marta Poretti en 40h49.Un grand bravo à Gérard Martinez et Valérie pour l’organisation impeccable de cette course. Un grand bravo et merci aux centaines de bénévoles, hyper sympa, bienveillants, dévoués sans qui le nombre d’abandons serait bien plus important.

Pour plus d’info : http://www.andorraultratrail.org/index.php?lang=fr

Apostolos Teknetzis.

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